Les douches sont froides mais l'ambiance est chaude

par Laurent et le chat  -  26 Mars 2020, 19:41  -  #SSF, #sciences de l'organisation, #science du couchage improvisé

Avec le confinement, le SNEC sort ses vieilleries (non, on ne sort pas nos vieux copains de club, on parle d'articles là!).

Aujourd'hui, un retour sur l'exercice régional SSF de l'année dernière, par Laurent. Cet article n'a que 131 jours de retard... Tout vient à point à qui est confiné.

 

 

Vendredi, fin d'après midi, nous sommes 3 du SNEC dans la voiture pour rejoindre l'exercice SSF régional qui se tient à Thémines, dans le Lot, à côtés des pertes du même nom. Il y a Fabien, Geneviève et Laurent, encore ignorants de la sauce à laquelle ils vont être mangés. Arrivée à 18h00 pétantes, comme prévu. On retrouve Juliette, venue toute droite d'Agen (elle s'est fait mal). Nous allons porter haut les couleurs du 65.

Il fait nuit sur la place de Thémines, mais de la lumière sort de plusieurs barnums et des fenêtres de l'appart d'une dame un peu bizarre. La lumière arrive aussi des gersois qui sont là au grand complet ! La chaleur nous envahit tout à coup, c'est cool.

Personne ne sait ce qui va se passer, ni à quelle heure, alors on erre entre la soupe au jarret et le café de la cuisine chaudement garnie (quel accueil ces lotois!), la traque d'une place de parking à peu près à plat pour un éventuel couchage, une info glanée à droite et à gauche. Mystère.

En fait, y en a deux qui doivent savoir, c'est Geneviève et Sophie qui ont disparu dès 18h01 au PC et depuis, silence radio.

 

Au moment où on commence à parler de s'attaquer à un chat errant pour tromper l'ennui, voilà que Marc, le responsable de l'opération sort pour nous annoncer le scénario. Enfin, la surprise plutôt : deux cavités, au moins un accident et un on-ne-sait-pas-encore-mais-pas-de-nouvelle-c'est-sans-doute-grave. Du coup, les équipes se mettent en branle rapidement et on lâche le chat. Fabien part dans une des équipes d'exploration aux pertes de Thémine ;  je suis inclus dans l'équipe de rééquipement des passages de progression. Mais il est 22h00 et il fait à peine 1°C, il faut arriver à se changer, mettre une néoprène, la combi, ben oui, on va se baquer visiblement. Pertes = eau. Je viens de comprendre.

Quand on termine la première partie de l'exercice, il est 2h56 du matin, on est boueux et trempés, il bruine, il fait toujours 1°C, faut arriver à se changer. Nous sommes mis en repos, direction la salle des fêtes de Théminettes pour les uns, la voiture pour moi, au milieu des caisses et du linge qui tente de sécher.

La cloche de l'église sonne toutes les heures. Et la demie tant qu'à faire. En plus, il y a une vieille bizarre qui claque ses volets au dessus de la place, qui jette des trucs bizarres sur les voitures en dessous et qui vocifère. Bref, le sommeil est léger.

 

Le matin du samedi est hyper glauque. Il fait 1°C, il bruine, les combis sont restées dehors. Mais les lotois distribuent déjà les petits dej, c'est cool et ça fait du bien. Bon, mais que se passe-t-il sous terre ? Ben il faut y retourner tiens !

 

Nous revoilà donc à enfiler la néoprène (froide comme une quenelle qui sort du congélo), puis la combi et tout est gelé, bêêê.... Il faut aller évacuer la civière et la victime, cette conne est placée après les gours (je parle de la civière, la victime n'y est pour rien). Et là les consignes sont claires : dès que la civière est partie, on enchaine les transports sur bateaux pneumatiques, on se jette à l'eau, hors de question de faire les timides en passant sur les mains courantes, "je veux voir tout le monde motivé et rapide comme la loutre !" (dixit le chef d'équipe). "oui, même toi Laurent !". Y en a même un qui dit "go, go, go !", celui-là, j'ai envie de lui montrer ce que je sais faire aux chats qui osent me croiser. Trop tard, la civière s'ébranle (ça fait deux fois que j'utilise la racine latine branlare "qui bouge avec application"). On est 17 pour l'évacuation en portage, dont Fabien et les gersois. Quand on sort enfin de l'eau, s'enchainent opérations de tyroliennes, ressauts, puis voilà FR3 ! Car deux journalistes sont descendues avec du matos de dingue entouré de sacs poubelles. C'est le point chaud, un petit palace. J'ai presque envie de faire la victime.

 

Je passe la suite, il faut évacuer la civière et les journalistes et des tas de spéléos boueux et trempés. Les kits sortent accompagnés de spéléos.

 

On sort dehors, c'est fini, il faut rejoindre la place où s'entasse le matériel dans un sale état. Il bruine toujours vaguement. Il faut se changer, mais les douches sont toujours froides, alors toujours pas de douche, tant pis.

 

Et direction la salle des fêtes de Théminettes où les lotois nous ont concocté une petite soirée super pour les 20 ans du secours des vitarelles. Une grande banderolle (du latin bandare "qui tient droit tout seul") est déroulée, elle retrace l'histoire du SSF, c'est instructif et bien foutu.

Le repas est excellent, il y a deux groupes de musiciens, un folklorique, un autre pittoresque. Quand les bouteilles de vin commencent à s'écraser sur les murs dans le groupe des presque tous jeunes, on s'évacue tout doucement, nous sommes vieux après tout. Les lotois nous ont ouverts l'arrière cuisine de la salle des fêtes pour dormir, dans une voluptueuse odeur de confit de canard. On s'endort lourdement sur le pavé de la cuisine.

Le dimanche matin, là c'est quand même un peu dur. Je sais pas si on sent le confit de canard ou la combi néoprène à la pisse, mais il faut bien 15 minutes pour acquérir un peu de dignité et aller se faire un petit café. On parvient même à se laver les dents dans les toilettes.

 

Retour laborieux vers le 65.

Merci les lotois pour l'accueil et l'exercice !

 

Lien vers le reportage FR3 :

https://france3-regions.francetvinfo.fr/occitanie/lot/lot-exercice-secours-reseau-souterrain-20-ans-apres-que-7-speleologues-y-soient-restes-coinces-10-jours-1750775.html

 

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